Ce que ni Sarkozy ni le PS ne disent sur les dessous de la dette…

Publié le par ACROPOLE

Par Pascal Olivier, le dimanche 20 novembre 2011


Nicolas Sarkozy achète du temps à prix d'or en tentant de maintenir l’euro sous perfusion jusqu’aux prochaines élections présidentielles et législatives. Il n’est pas dit qu’il y arrive. Il n’arrivera pas non plus, et là c’est une quasi certitude, à maintenir le triple A, maintien du triple A qu’il a pourtant donné pour seul horizon à son peuple, reconnaissant ainsi que c’est Standard & Poor’s qui dicte la politique de la France !

En attendant il a parfaitement réussi lors de sa conférence le 27 octobre dernier et lors du G 20 de Cannes à ne pas aborder la principale question, celle de la surévaluation de l'euro qui crée de la dette dans toute la zone sauf en Allemagne. La zone euro, on pourrait presque dire la zone mark, permet à l’Allemagne d’y réaliser 60% de ses excédents commerciaux (70% dans l’UE). On comprend mieux pourquoi l’Allemagne s’oppose à une dévaluation de l’euro. Sarkozy a préféré plus confortablement aborder la question de la sous évaluation du yuan.

Il a tenté de culpabiliser les Français : "Nous dépensons trop". C’est faux. Il n’y a pas d’augmentation des dépenses mais plutôt une baisse des recettes en raison de la désindustrialisation de la France. La part de l’industrie dans notre PIB est passé de 30% en 1982 à 13% actuellement. La cure d'austérité qu'il préconise est au contraire facteur de récession comme on peut en voir déjà les effets dévastateurs en Grèce. La rigueur est un facteur de ralentissement de l’économie qui engendre une baisse des recettes fiscales et du coup une augmentation de la dette. Sans politique de relance industrielle conséquente il ne peut y avoir de protection sociale qui tienne.

Nicolas Sarkozy a soigneusement omis de dire que le quart de la dette est dû à une décennie de politique du franc fort destinée à converger avec le mark en vue de l'euro. Cette politique du franc fort nous a en outre coûté un million d'emplois. Nous avons ainsi avec cette politique désastreuse pour notre compétitivité indirectement contribué à financer la réunification allemande ! Un autre quart de la dette est à mettre sur le compte de l'euro trop élevé pour notre économie.

Une bonne partie du reste de la dette est imputable à la privatisation de la création monétaire, véritable pillage, conséquence de la conjugaison de la loi Pompidou-Giscard de 1973 (reprise par l'article 104 du traité de Maastricht puis par l'article 123 du traité de Lisbonne) et de la dérégulation générale et généralisée commencée dans les années 80. L’Acte unique européen (signé en 1986, entré en vigueur en 1987) s’accompagne de pas moins de 300 directives de dérégulation !

Cette loi de 1973 qui au départ avait pour fonction d’empêcher la création monétaire (vulgairement , actionner la planche à billets) facteur d’inflation, obligeait le Trésor à se financer soit auprès des banques, soit par le lancement d’emprunts nationaux. Le Trésor ne pouvait donc plus emprunter à la Banque de France à un taux compris entre 0 et 1% comme c’était le cas auparavant. Cela pouvait avoir un sens tant que l’argent prêté par les banques était celui des déposants. Mais quand les banques empruntent à 1% auprès de la BCE (Banque centrale européenne) et prêtent aux taux assassins de 6% à l’Italie ou de 10% à la Grèce il s’agit à nouveau d’une création monétaire cette foi-ci privatisée assortie d’une mise en coupe réglée du pays emprunteur.

Alors que la crise est mondiale, que la cigale américaine avec sa banque centrale fait de la création monétaire à tire-larigot, que l’euro était sensé nous protéger, pourquoi la zone euro s’avère-t-elle le maillon faible de la planète ?

D’abord parce que historiquement toute intégration monétaire réussie s’accompagne d’une phase de protectionnisme. C’est le contraire qui s’est produit dans la zone euro, alors que Chinois et Américains faisaient du protectionnisme, la zone euro était offerte à tous les mauvais coups par une quasi absence de barrières douanières, la fameuse «concurrence libre et non faussée», autrement dit le renard dans le poulailler ou le loup dans la bergerie.

Mais surtout parce que l’euro est avant tout une monnaie politique avec un vice de conception originel dénoncé dès le départ en 1992 lors du débat autour du référendum de Maastricht par Chevènement, Séguin et Pasqua. 17 nations différentes par la culture, la langue, l’histoire, les structures économiques avec chacune une monnaie qui en est le corollaire ne peuvent avoir la même monnaie qu’à la condition de ne plus faire qu’un. Les concepteurs de l’euro le savaient. Ils voulaient forcer les choses. Faisant fi de nations millénaires, ces apprentis sorciers pensaient qu’en l’absence d’un corps politique européen, un cratos pouvait créer un demos !

Comble de l’ironie cette monnaie faite pour faire converger les pays les a fait diverger : excédent d’un côté et déficit, endettement et désindustrialisation de l’autre. Il faut dire que l’Allemagne l’a en permanence «joué perso». Opérer en Allemagne une déflation compétitive (baisse des salaires) au détriment de ses partenaires de la zone euro privés de la possibilité de dévaluer n'est pas très fair-play, d’autant plus que les pays du Sud de l’Europe ont des économies qui traditionnellement marchent à la dévaluation. Cerise sur le gâteau, l’Allemagne a toujours refusé que la BCE ait un autre mandat que celui de la lutte contre l’inflation, comme par exemple celui de favoriser la croissance et l’emploi. Et dire que la promesse de l’euro a été l’expédient qui a permis à l’Allemagne de faire accepter sa réunification !

Tous les cabris qui nous chantent que la solution est dans le saut fédéral sont des charlatans. L’Allemagne est très soucieuse de sa souveraineté. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe a jugé qu’il n’y avait pas de peuple européen et par conséquent un déficit de démocratie européenne et que le dernier mot revient donc au Bundestag. La nation est le lieu de la démocratie mais aussi celui de la solidarité. L’Allemagne n’est pas disposée pour telle ou telle région d’Europe à consentir les mêmes sacrifices que pour les länder de l’Est. Il n’est pas impossible que pour éviter de payer elle sorte de l’euro après s’être copieusement payée sur la bête. Des marks auraient été discrètement imprimés au cas où.

Nicolas Sarkozy prétend aujourd’hui qu’avoir accepté la Grèce dans la zone euro fut une erreur. A partir du moment où l’euro avait un but politique et non pas économique la Grèce y avait toute sa place. Il semble que Sarkozy ait l’intention d’arrimer la France à l’Allemagne dans une zone euro débarrassée des pays du Sud. Si cela se confirmait, quelle erreur historique ce serait pour la France ! Elle perdrait dans cette nouvelle zone mark le peu d'industrie qu’il lui reste et subirait la concurrence des pays du sud de l'Europe dotés d'une nouvelle (ancienne) monnaie dévaluée. La France est le seul pays à avoir à la fois une façade maritime conséquente en Méditerranée et une façade au Nord avec la Manche et la mer du Nord. Son nom est germanique, seuls les Grecs qui ont la mémoire longue ont gardé dans leur langue les termes de Gaule et de Gaulois (les colons qui hantent nos banlieues nous appellent également des Gaulois, mais pour des raisons beaucoup moins amicales). Mais notre langue est latine et notre culture beaucoup plus gréco-latine que germanique. Gramsci pensait que la France était plus l'héritière de Rome que l'Italie. Cette digression pour dire qu'en plus des intérêts évidents qu'aurait la France à ne pas s'engluer dans une union monétaire réduite à la Hanse, la présence de la France dans une éventuelle union monétaire des pays latins et de la Grèce serait riche en symbole.

Mon économiste préféré, le brillant Jacques Sapir, envisageait (1) (2) (3) des solutions intermédiaires, comme celle que je je viens d'évoquer, pour préparer une fin de l’euro qui ne soit pas abominable. "Les solutions intermédiaires, par exemple l’établissement d’une monnaie commune avec certains pays dans le cadre d’un système de changes fixes mais révisables et un contrôle des capitaux, sont encore possibles. Mais, pour cela, il nous faut retrouver notre autonomie monétaire et financière. Cela veut dire retrouver notre monnaie, une opération bien moins difficile que l’on veut nous le faire croire."

Si Papandréou avait été patriote, voilà comment il aurait défendu les intérêts de son pays et par la même occasion celui des européens. Lisez cet article récent de Jacques Sapir, cela en vaut la peine : Comment Papandréou aurait pu éviter l'ukase du directoire Merkozie.

De tous les candidats à la présidentielle seuls trois d’entre eux ne se moquent pas du peuple sur cette question. Il s’agit de Jean-Pierre Chevènement, de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan. Peu de choses les différencie. Ce pourrait être le sujet d’un autre article.

Publié dans politique

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