Nouveaux trucages des guignols fiscalistes

Publié le par ACROPOLE

 

6a00d8341c71Rudement bonne idée que d'avoir placé à la tête de la cour des Comptes le robespierriste Didier Migaud. Pour remplacer un faux homme de droite nommé Philippe Seguin, quoi de mieux qu'un véritable socialiste. Avec lui, d'ailleurs pas de ces cafouillages intellectuels lamentables où ont pataugé successivement Woerth, hier, et maintenant Baroin. Ayant combattu le pouvoir à la commission des finances il continue désormais avec la même application, et reconnaissons-lui ce mérite : la même correction. Avec lui pas de coup de bas, la guerre sans haine. "J'aime mieux disait Bismarck faire face à dix ennemis en face de moi, qu'à un seul derrière moi". Un adversaire politique loyal cela vaut toujours mieux qu'un énarque. Cela change donc doublement de son prédécesseur.

De la sorte les citoyens honnêtes peuvent se référer sereinement au dernier rapport consacré au plan de relance.

Ce document évalue le vaste programme imaginé en 2008 pour faire face, en France aux conséquences du dépôt de bilan de Lehman Brothers. Cela devait coûter 26 milliards d'euros à nos finances publiques, au total entre 2009 et 2010. Cela en aura finalement représenté 34. Proportionnellement on demeure dans les écarts habituels aux devis gonflés en cours d'exécution. Remarquons simplement qu'appliquée à une pareille échelle, l'addition devient salée.

La partie la plus intéressante concerne le nombre de postes de travail créés ou sauvegardés par l'erreur keynésienne "classique" : au pire 18 000, au mieux 72 000. Même en ne retenant que ce chiffre maximal optimiste cela représente 472 222 euros par emploi.

Par définition de tels investissements ont été réalisés dans des secteurs en difficulté, donc probablement peu rentables. Ils appelleront ainsi, demain, d'autres subventions. N'en tenons même pas compte aujourd'hui. Ne nous attardons pas non plus au fait que cela se situe dans un contexte budgétaire en déficit depuis quelque 25 ans : autrement dit que ces milliards d'euros, qui n'existent pas dans les caisses de l'État, sont financés par l'émission de produits du trésor sur le marché des capitaux, et soustraits à l'épargne. Retenons simplement qu'à hauteur de 472 000 euros, un poste de travail créé ou sauvegardé par le plan de relance coûte à peu près 10 ou 15 fois plus que son équivalent dans le secteur privé, dans l'artisanat, dans l'hôtellerie-restauration, etc.

L'urgence de nos finances nationales, y compris si l'on désire réduire le niveau du chômage, consiste donc à diminuer la dépense publique, afin de libérer l'investissement privé, à dégager des marges pour l'épargne de proximité, et certainement pas à augmenter la pression fiscale.

Or le gouvernement actuel, préparant le projet de loi de finances, se fie au testament de Séguin aux yeux duquel le courage politique consisterait à accroître sans état d'âme le niveau des prélèvements obligatoires dans notre pays.

"Taxer le capital" servait de slogan ce 14 septembre aux députés communistes à l'Assemblée nationale. Et leur démonstration a leur valu de la part de leurs collègues UMP le qualificatif de "guignols".

Certes, mais en toute objectivité la même appellation convient donc parfaitement à M. Baroin, ou plus précisément à ceux qui rédigent ses discours, l'hypocrisie en plus.

Celui-ci en effet affirme hautement "en aucun cas le gouvernement n'envisage(ait) d'augmenter les impôts en 2013". (1)

On doit toujours se méfier lorsque les hommes politiques annoncent "il n'est pas question de". Cela veut toujours dire, au contraire, qu'ils s'apprêtent effectivement à commettre ce dont ils se défendent.

Le mot d'ordre consiste à dire : "Notre stratégie, c'est la réduction des niches sociales et fiscales, et pas autre chose" (2).

Qu'entend-il donc sous cette expression de "niches". Le mot est devenu à la mode, sans recevoir de définition de la part de ses utilisateurs. Qu'imaginent ainsi les "stratèges" de la citadelle Bercy, assiégée par ses créanciers ?

Ils considèrent que plus de 400 déductibilités [trop généreusement selon eux] accordées aux contribuables sur les déclarations de revenus représenteraient un "manque à gagner", et par conséquent un "gisement" de recettes potentielles de 75 milliards d'euros. Sans avoir lu La Fontaine et plus particulièrement la fable de "Perrette et le Pot au Lait", ou peut-être même sans l'avoir comprise, ils imaginent récupérer cette valeur en quelques années, au rythme de "10 à 15 milliards par an". Au terme de ce plan quinquennal qui n'ose pas dire son nom, on arriverait à faire passer les recettes de l'impôt sur le revenu de 55 milliards d'euros à 130 milliards, ceci sans augmenter en apparence les taux d'imposition.

Les objections ne manquent pas. Dans notre bulletin du 2 juillet (3) nous mettions en garde contre une telle tentation. Elle nous semblait parfaitement lisible dans les propos du Premier ministre Fillon dès son discours de Nîmes du 4 mars : "Nous allons vous proposer de supprimer ou de plafonner les niches fiscales ou sociales". En effet nous prenions le cas de l'application du taux de TVA réduit à la restauration qui "n'est pas une niche fiscale". Mais une telle réserve pourrait s'appliquer aussi à toutes les déductibilités. On commence donc à supprimer celles qui résistent le moins, celles dont les bénéficiaires crient le moins fort, car aucune de ces dispositions n'est intervenue sans certaines raisons en particulier lorsqu'elles permettent à l'État de transférer telles ou telles charges sur des associations, etc.

On s'apprête donc à multiplier à moyen terme par deux ce que l'impôt sur le revenu coûte aux Français. On emploiera comme d'habitude l'antiphrase orwellienne consistant à dire qu'il "rapporte"  : aujourd'hui 55 milliards, demain 70, après-demain 85, et ainsi de suite.

"Le Monde" est en général rédigé par des admirateurs conscients ou inconscients du fiscalisme administratif. Il ose donc évoquer à ce sujet, non sans ironie, l'hypothèse de ce qu'il appelle une "fronde parlementaire" (4), comme si les deux assemblées ne détenaient pas en droit constitutionnel le pouvoir législatif et notamment celui de voter ou de ne pas voter une loi de finances. Le mot "fronde" désigne une insurrection, un refus de la légalité. Il supposerait qu'un quelconque Accoyer avec sa jolie coiffure de caniche docile et bien peigné puisse se transformer en guerillero. Il nous semble donc particulièrement mal venu.

Mais l'essentiel consistera à pouvoir prétendre sans rire qu'on aura tenu pendant le quinquennat une promesse du candidat élu en 2007 par les suffrages de la droite additionnés à ceux des contribuables qui espéraient alors, en écoutant "Sarko qui t'appelle, enfant de France, vers le plus noble but" que "plus léger sera notre tribut".

Enthousiasmant n'est-ce pas ?


   

(1) Déclaration devant le Sénat complaisamment reprise sur le site du Figaro le 13 septembre

(2) cf Le Monde en ligne avec AFP le 13.09.10 à 17 h 53

(3) "Les niches à niche".

(4) cf. Le Monde édition papier datée du 14 septembre.

Publié dans économie

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