Retraites, ce que la contestation ne dit pas

Publié le par ACROPOLE

par Philippe Milliau



En France, l’essentiel des retraites est obtenu par le système dit de « répartition » : les actifs cotisent pour payer les pensions des retraités. Outre la solidarité entre les générations, ce système présente l’intérêt de faire échapper au capitalisme financier une importante masse d’argent.

Hormis l’évidente modification du rapport actifs/inactifs en cours (augmentation de la durée de la vie et interruption de la croissance démographique endogène), plusieurs facteurs d’altération du système des retraites ne sont guère évoqués. Ils ne sont pas assez politiquement et économiquement « corrects » :

• contrairement à la règle de la répartition, l’existence de nombreux régimes spéciaux très déficitaires conduit à faire payer une part non négligeable des retraites par la fiscalité, c’est-à-dire par tous ;

• la délocalisation des emplois, génératrice de chômage et de mises à la retraite par anticipation, prive les caisses de retraite d’une partie importante de leurs ressources puisque le produit de ces emplois installés hors d’Europe nous revient sous forme d’importations qui n’ont pas subi le prélèvement qui finance les retraites. Et qu'on ne vienne pas parler d’une équivalence par les exportations dont les aides et exonérations anéantissent une partie des charges sociales et fiscales qui y sont attachées ;

• le déséquilibre causé par le poids de l’immigration. Car l’immigré, principalement extra-européen, cotise moins longtemps et perçoit cependant des minima ;

• l’explosion de l’économie parallèle dans les « cités » mais aussi par le jeu de la spéculation et des fuites organisées par les transnationales vers les paradis fiscaux, le tout échappant à toute cotisation ;

• la progression indécente de rémunérations déjà exorbitantes et proportionnellement peu frappées par les cotisations de retraite (la liste des bénéficiaires  est connue : des patrons de transnationales aux footballeurs en passant par les media ou le cinéma). Concrètement, un salarié à mille fois le Smic ne cotise pas autant que mille smicards.

• enfin, et surtout, la coexistence impossible de l’idée de répartition et du libre échange international des capitaux. En effet, la tendance profonde de ce capitalisme mondial sans règles est à l’exigence d’une rentabilité toujours plus forte. Ce qui implique d’une part que les gains de productivité soient mobilisés par le capital - ce qui limite la rémunération du travail et donc les cotisations - et d’autre part une activité toujours plus intense de spéculation - qui elle aussi échappe aux cotisations. Pour faire simple, un fonds de pension des Etats-Unis qui rachète une entreprise française en comprime la masse salariale pour augmenter la rentabilité : les salariés français paient ainsi les retraites par capitalisation des américains au détriment de leur propre retraite par répartition !

Les trois axiomes du mondialisme – libre échange international des biens, libre circulation des capitaux et encouragement des migrations – sont donc les causes les plus intenses et permanentes de la mort programmée de notre système de retraite.
 

Publié dans économie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article