Un beau discours hors du temps

Publié le par ACROPOLE

En d'autres temps, en d'autres circonstances, on eût apprécié le discours de politique générale du Premier ministre François Fillon, venu à l'Assemblée ce 24 novembre solliciter et obtenir un vote de confiance.

fionLa forme, et de façon très sensible, la péroraison de ce texte correspondaient aux préoccupations personnelles de son auteur. On suppose ici que le chef du gouvernement rédige lui-même ses interventions. Manifestement il s'emparait ce jour-là sa part de pouvoir, pour la première fois depuis 2007. Jusqu'alors il passait pour une sorte de directeur de cabinet, de souffre-douleur, et en quelque sorte de clown blanc du super-président. Ce déséquilibre dommageable ne nuisait pas seulement à son ego. Tout en renforçant sa propre popularité, il prenait acte de la dégringolade du prestige de son employeur présumé. Et cette inversion des rôles rogne, de façon lancinante, comme inéluctable, le système mis en place en 1958. Car celui-ci installe le locataire de Matignon dans une fonction de fusible, destiné à durer, sans doute un peu, et surtout à endurer. L'expression remontait au fondateur de cet étrange régime.

Nous avons donc pu entendre à la tribune du Palais Bourbon l'affirmation de principes, et notamment ceux de la rigueur, de la vérité, du redressement de la France, destinés à l'avenir auquel se destine M. Fillon.

Sur le papier donc, tout cela peut sembler très estimable. Et l'orateur peut être crédité d'une bonne note. Son style tranche, une fois de plus avec celui de la plupart de nos politiciens. On éprouve en l'entendant l'impression qu'il s'agit d'un individu normal, de souche provinciale française, n'ayant jamais usé de substances psychotropes, habillé de manière classique, bien élevé, probablement fréquentable.

Rien de tout cela d'ailleurs ne semble avoir été laissé au hasard.

Seulement, le malaise commence quand on rapporte toutes ces galanteries à la situation réelle des populations cohabitant sur le territoire de l'Hexagone, et de ce fait soumises à la réglementation républicaine.

Réformer ? parfait ! Continuer sur une voie de redressement ? Plus que parfait !

Malheureusement de nombreux écueils perturbent cette belle courbe tracée sur papier millimétré.

Tout d'abord chacun sait, ou si l'on ne le sait pas encore, on va bientôt le découvrir, qu'il n'existe aucune marge budgétaire. Impossible par conséquent de rêver abonder sur fonds publics cette nouvelle branche de la protection sociale qui nous assurerait contre le risque du grand âge et de la dépendance. Augmenter les taux d'impositions fiscales ou sociales ? Hypothèse de pure folie, dans un pays qui consacre déjà 57 % de la richesse créée aux dépenses publiques, et qui se trouve acculé à emprunter sur les marchés internationaux 70 % des sommes nécessaires au bouclage de ses fins de mois. Le Premier ministre le sait si bien qu'il en a fait l'aveu dès 2007.

Et cette affaire de dépendance, chiffrée au pifomètre à hauteur de 22 milliards d'euros, ne constitue qu'un exemple.

À propos d'euros, on se demande encore ce que les perspectives actuelles de la zone du même nom inspirent à nos dirigeants.

Et d'ailleurs cette situation fait-elle seulement partie de leurs agendas ?

Le mot Europe leur brûle probablement les lèvres : on doit bien mesurer, dès lors, le danger de ce jeu. Il consiste en cette effarante contradiction de ne pas croire dans des institutions, sous la houlette desquelles on fait mine de se placer chaque jour plus docilement. Croit-on cette schizophrénie durable ? Rêve-t-on que les partenaires de l'État central parisien s'y trompent ?

Plus concrètement encore, comment imagine-t-on de créer des emplois, de réindustrialiser le pays, de relancer la croissance, d'améliorer leur compétitivité, sans s'interroger sur les problèmes des entreprises réelles ?

Le pouvoir d'achat des Français étant rogné par d'énormes prélèvements taxant le travail où en sommes-nous avec l'idée de décrue des charges fiscales et sociales ?

On ne pourra pas non plus esquiver la question des monopoles de toutes sortes. Malgré diverses promesses antérieures ils continuent de quadriller l'économie nationale. Dans de nombreux domaines ils absorbent peut-être 25 à 30 % du salaire net des gens. Et cela va de leurs notes de téléphones aux marges éhontées de la grande distribution elle-même planifiée et répartie en vue de cette rente monopoliste.

"Mettre à plat" les problèmes dites-vous souvent, Messieurs les politiciens. Mais vous ne le faites jamais. Ou plutôt vous le faites entre vous, assistés de quelques énarques et de quelques communicants. Très loin du peuple.

Que dire enfin de l'insécurité, dont ne souffrent peut-être pas les élites, mais qui s'abat chaque jour davantage sur les Français les plus fragiles ?

Face aux problèmes concrets les bonnes intentions affichées, et les beaux principes risquent fort, par conséquent, de se heurter aux verrouillages administratifs qui paralysent la France et empoisonnent chaque jour la vie des Français ?



source : l'insolent (www.insolent.fr)

Publié dans politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article