Quand Sarkozy critiquait la « France arrogante »
Sans aller jusqu'à s'excuser comme Ségolène Royal, il fustigeait ouvertement la politique étrangère de Jacques Chirac aux Etats-Unis en 2006.

En service commandé pour le chef de l'Etat, les membres les plus virulents de l'UMP tombent à bras raccourcis sur Ségolène Royal depuis son double « pardon », pour des propos de Nicolas Sarkozy. Avant d'être à l'Elysée, ce dernier n'avait pourtant pas hésité à distiller à l'international une parole toute autre que celle officielle de la France.
C'était l'époque où il cumulait son rôle de ministre de l'Intérieur avec celui de candidat naturel de l'UMP à l'élection présidentielle. Quelques mois avant la présidentielle, en septembre 2006, il effectuait un déplacement à New York puis à Washington. Point d'orgue du voyage, un discours devant la Fondation franco-américaine. Discours très éloignée de la pensée alors en vogue à l'Elysée.
Ce sont d'abord « la presse et une partie des élites françaises » qui en avaient pris pour leur grade, accusés de répandre l'idée que l'anti-américanisme était très développé en France :
C'était ensuite toute la politique extérieure de la France qui était remise en cause. Du départ de la France du commandement de l'Otan en 1966 au refus de la France de participer à la guerre en Irak en 2003 :
« Une France arrogante », l'expression allait provoquer un tollé en France, comparable à celui consécutif aux excuses de Ségolène Royal. La légitimité de Nicolas Sarkozy à parler au nom de la France allait aussi être remise en cause. « J'attends du président de la République qu'il dise que les propos du ministre de l'Intérieur (…) n'engageaient pas la France », avait demandé François Hollande, alors premier secrétaire du parti socialiste.
Des propos « lamentables », selon Chirac
Mais surtout le désaccord avec les positions de la France avait été souligné par Jacques Chirac. Si le prédécesseur de Nicolas Sarkozy avait dans un premier justifié la présence de celui-ci aux Etats-Unis par sa fonction de représentant de la France aux commémorations des attentats du 11 septembre 2001, il avait par la suite fustigé son ministre de l'Intérieur, goûtant très peu ses propos, une semaine avant son propre départ vers New York pour l'assemblée générale de l'ONU.
Des propos que Jacques Chirac avait en privé qualifié de « lamentables » et de « faute », comme le rapportait Libération. Pierre Lellouche, député UMP spécialiste des relations internationales, avait également décrypté pour le quotidien la ligne défendue Nicolas Sarkozy :
«Sans prononcer le mot de rupture, pour ne vexer personne, c'est une musique totalement différente que Nicolas Sarkozy a fait entendre aux Américains. Inutile d'agresser Jacques Chirac. Mais, si on gagne la présidentielle le 6 mai, il sera temps de changer de politique étrangère le 7».
Les mêmes méthodes avaient à l'époque provoqué les mêmes effets. Les porte-flingues socialistes n'avaient pas été plus tendres que ceux de l'UMP aujourd'hui. Laurent Fabius avait taxé Nicolas Sarkozy de « futur caniche du président des Etats-Unis ». Dans la même veine canine, Henri Emmanuelli, l'avait comparé à « un chiot devant son maître » George W. Bush.
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